Air n° 14 : Pirates à l’existence rude
Les pirates font preuve de clémence car le général prétend être orphelin.
| Major-Général Pirates à l’existence rude, Quittez ce métier de vauriens ! Plaignez ma solitude, Je suis un orphelin ! Roi des pirates et Samuel Un orphelin ? Major-Général Un orphelin ! Samuel et le roi des pirates Le pauvre, un orphelin ! Major-Général Hélas, il ne me reste Que mes petites filles chéries ! Pirates Pauvre homme ! Major-Général Sur elles faites main basse Et seul demain je dépéris. Pirates Pauvre homme ! Major-Général Ah, s’il vous reste un cœur, Laissez-les-moi ; c’est mon soutien. Oh, voyez comme elles pleurent ! Soyez de grands seigneurs Et prenez en pitié le triste sort d’un orphelin. Pirates sanglotant Pauvre homme ! Oh, voyez comme elles pleurent ! Soyons de grands seigneurs Et prenons en pitié le triste sort d’un orphelin ! Samuel Un orphelin ! Roi des pirates et Samuel Un orphelin ! Oh, voyez comme elles pleurent ! Soyons de grands seigneurs Et prenons en pitié le triste sort d’un orphelin ! Allegro vivace Major-Général C’est une pitoyable histoire Qui pourtant ne ternit pas ma gloire Car ils embarqueraient mes filles Peut-être jusqu’aux Antilles Si avec une grande élégance Je n’affabulais à outrance Devant ce crédule auditoire. Ce petit mensonge est une échappatoire. | Major-General Oh, men of dark and dismal fate, Forgot your cruel employ, Have pity on my lonely state, I am an orphan boy! Pirate King and Samuel An orphan boy? Major-General An orphan boy! Pirates How sad, an orphan boy. Major-General These children whom you see Are all that I can call my own! Pirates Poor fellow! Major-General Take them away from me, And I shall be indeed alone. Pirates Poor fellow! Major-General If pity you can feel, Leave me my sole remaining joy. See, at your feet they kneel; Your hearts you cannot steel Against the sad, sad tale of the lonely orphan boy! Pirates (sobbing) Poor fellow! See at our feet they kneel; Our hearts we cannot steel Against the sad, sad tale of the lonely orphan boy! Samuel An orphan boy! Pirate King and Samuel The orphan boy! See at our feet they kneel; Our hearts we cannot steel Against the sad, sad tale of the lonely orphan boy! Allegro vivace Major-General I’m telling a terrible story But it doesn’t diminish my glory; For they would have taken my daughters Over the billowy waters, If I hadn’t, in elegant diction, Indulged in an innocent fiction; Which is not in the same category As telling a regular terrible story. |
| Major-Général C’est une pitoyable histoire Qui pourtant ne ternit pas ma gloire Car ils embarqueraient mes filles Peut-être jusqu’aux Antilles Si avec une grande élégance Je n’affabulais à outrance Devant ce crédule auditoire. Ce petit mensonge est une échappatoire. | Jeunes filles, Mabel, Fréd. C’est une pitoyable histoire, Qui à coup sûr ternira sa gloire, Pour qu’ils n’embarquent pas ses filles Peut-être jusqu’aux Antilles. Il peut conter avec élégance D’innocentes extravagances ; C’est pourtant pour un tel auditoire Une épouvantable et bien horrible histoire. | Pirates S’il fabule avec cette histoire, Il mourra et vous pouvez nous croire : Qu’on le pende ou qu’on le fusille, Pas de pitié pour sa famille ! Il croit conter avec élégance D’innocentes extravagances À un bien trop crédule auditoire. Ça pue le mensonge d’une infâme histoire. |
| Major-General I’m telling a terrible story But it doesn’t diminish my glory; For they would have taken my daughters Over the billowy waters, If I hadn’t, in elegant diction, Indulged in an innocent fiction; Which is not in the same category As telling a regular terrible story. | Girls, Mabel, Frederic He is telling a terrible story Which will tend to diminish his glory; Though they would have taken his daughters Over the billowy waters, It is easy, in elegant diction, To call it an innocent fiction; But it comes in the same category As telling a regular terrible story. | Pirates If he’s telling a story He shall die by a death that is gory, One of the cruellest slaughters That ever were known in these waters; It is easy, in elegant diction, To call it an innocent fiction; But it comes in the same category As telling a regular terrible story. |
| Tous Je peux / Il peut dire avec élégance D’innocentes extravagances. C’est pourtant pour un tel auditoire Épouvantable comme histoire. Roi des pirates Si notre vil métier Exige crime et brigandage, Nous croyons volontiers Que rien ne sert d’être sauvage. Et quoique batailleurs, Le sang jamais ne nous enivre. Il nous faut la douceur Et puis la poésie pour vivre. Tous s’agenouillant Salut, Ô poésie, si délicate ! Tu adoucis même les pirates. Salut, Ô poésie, que ton règne advienne, Toujours, toujours, dans le siècle, Amen ! Roi des pirates Vous êtes libres et vous pouvez partir car nos lois vous protègent. Nous vous nommons pirates émérites et c’est un privilège ! Samuel Car c’est bien un orphelin ! Tous C’est vrai ! Hourra pour cet orphelin ! Major-Général Et c’est une chose très utile d’être un orphelin ! Tous C’est vrai ! Hourra pour cet orphelin ! Hourra pour cet orphelin ! Mabel / Tous Quel heureux jour, Séchons/séchez nos/vos pleurs, Goûtons/Goûtez l’amour Et le bonheur ! Marions-nous, Prenons mes/tes sœurs [Mariez-vous, prenez les sœurs] Comme dames ou Demoiselles d’honneur. Marions-nous Et puis mes sœurs [Mariez-vous et puis tes/les sœurs] Seront des Demoiselles d’honneur etc. Ruth : Oh maître, écoute-moi jusqu’au bout. Ne m’oublie pas, vois comme je tombe à tes genoux ! Pirates Non, non, n’oublie pas Ruth qui tombe à tes genoux ! Frédéric : Va-t’en, tu m’as bien trompé ! Pirates : Va-t’en, tu l’as bien trompé ! Ruth : Ah, ne me quitte pas ! Pirates : Ah, ne la quitte pas ! Frédéric : Va-t’en, tu m’ennuies ! Pirates : Va-t’en, tu l’ennuies ! Frédéric : Je ne veux plus te voir ! Pirates : Il ne veut plus te voir ! Tous les hommes Voyez cette générosité : Ils se sacrifient / Nous nous sacrifions sans hésiter, Délaissant la possibilité De les épouser ; ça, c’est raté ! Alors plus de bonheur domestique Auprès d’une femme très romantique. Et plus d’éminent théologien Il ne servira que de chirurgien. Jeunes filles Saluons leur générosité : Ils se sacrifient sans hésiter, Délaissant la possibilité De nous épouser ; ça, c’est raté. Alors plus de bonheur domestique Auprès d’une femme très romantique Et plus d’éminent théologien. Il ne servira que de chirurgien. Tous Ils délaissent / Délaissant la possibilité De nous/les épouser ; ça, c’est raté. Et plus d’éminent théologien. Il servira de chirurgien. Plus d’éminent, éminent, Plus d’éminent théologien, Mais un chirurgien ! | All It’s easy, in elegant diction, To call it an innocent fiction; But it comes in the same category As telling a regular terrible story. Pirate King Although our dark career Sometimes involves the crime of stealing, We rather think that we’re Not altogether void of feeling. Although we live by strife, We’re always sorry to begin it, For what, we ask, is life Without a touch of Poetry in it? All (kneeling) Hail, Poetry, thou heav’n-born maid! Thou gildest e’en the pirate’s trade. Hail, flowing fount of sentiment! All hail, divine emollient! (All rise.) Pirate King You may go, for you’re at liberty, our pirate rules protect you, And honorary members of our band we do elect you! Samuel For he is an orphan boy! Chorus He is! Hurrah for the orphan boy! Major-General And it sometimes is a useful thing to be an orphan boy. All It is! Hurrah for the orphan boy! Hurrah for the orphan boy! Mabel / ALl Oh, happy day, with joyous glee We/They will away and married be! Should it befall auspiciously, Her/Our sisters all will bridesmaids be! Should it befall auspiciously, Her/Our sisters all will bridesmaids be! Ruth Oh, master, hear one word, I do implore you ! Remember Ruth, your Ruth, who kneels before you ! Pirates Yes, yes, remember Ruth, who kneels before you! Frederic: Away, you did deceive me! Pirates : Away, you did deceive him! Ruth: Oh, do not leave me! Pirates: Oh, do not leave her! Frederic: Away, you grieve me! Pirates: Away, you grieve him! Frederic: I wish you’d leave me! Pirates: We wish you’d leave him! All Men Pray observe the magnanimity They/We display to lace and dimity! Never was such opportunity To get married with impunity, But they/we give up the felicity Of unbounded domesticity, Though a doctor of divinity Is located in this vicinity Girls Pray observe the magnanimity They display to lace and dimity! Never was such opportunity To get married with impunity, But they give up the felicity Of unbounded domesticity, Though a doctor of divinity Is located in this vicinity All Never was such opportunity To get married with impunity, Though a doctor of divinity Is located in this vicinity etc. Though a doctor, a doctor, Resides in this vicinity. This vicinity! |
Conseils de direction musicale
Le premier conseil que je peux vous donner est de ne pas vous laisser trop absorber par la scène du jeu de mots à la fin de la scène parlée qui précède car cela risquerait de vous faire manquer votre entrée. Elle arrive sans prévenir. Ensuite, c’est vraiment une masse de petits détails à répéter et à surveiller.
Quand le chœur entre, travaillez la durée de la dernière note. Les dernières syllabes de tous les « Pauvre homme » doivent être très courtes. Pour le mordant écrit, comme aux mesures 23 et 27, donnez le signal à l’orchestre : après le temps fort, faites un temps 2 très clair en travers, pour que les musiciens ne croient pas que vous indiquez un temps 3. Ce n’est pas évident à comprendre à partir de leurs parties.
Notez qu’après la répétition A, le mot « Oh » est une noire, et la première syllabe de « Soyons » au début de la phrase suivante est seulement une croche. Le double trille deux mesures avant l’Allegro Vivace devra être soit précisément planifié, soit se transformera en sanglots. L’enregistrement D’Oyly Carte de 1927 inclut une respiration comique avant « -phelin », qui fonctionne bien. Votre chœur et vos solistes seront tentés de chanter plus fort que pianissimo dans la section après la lettre B. Gardez cette énergie pour le fortissimo après la lettre C. Surveillez bien la coupure à mi-mesure 82 — elle doit être nette.
Le passage du Roi des Pirates « Si notre vil métier » n’est pas particulièrement difficile, sauf pour retenir les différentes permutations de noires simples et de paires noire pointée–croche.
Salut, ô Poésie est devenu une sorte d’hymne dans la communauté G&S. Parmi mes amis, il est d’usage de se lever, comme on le fait pour le chœur de l’Hallelujah. À sa place dans le spectacle, c’est un moment de pure folie, qui interrompt complètement l’action. J’aime à penser que c’est un exemple de Sullivan qui s’adapte au goût américain pour l’absurde, et aussi une preuve du manque de temps qu’il avait. S’ils avaient eu plus de temps, quelqu’un aurait sûrement proposé de le couper. Je suis heureux qu’ils ne l’aient pas fait.
Dans une autre opérette de Gilbert et Sullivan, ce serait l’endroit où l’on entendrait un madrigal chanté par les solistes, et cela remplit la même fonction : un moment lyrique de répit au milieu de la folie.
Il est d’usage de chanter :
- la première phrase fortissimo,
- la deuxième piano,
- la troisième forte,
- et les « Toujours » commencent piano et deviennent de plus en plus forts jusqu’à la fin de la phrase.
Travaillez pour obtenir un beau timbre choral, surveillez les deux moments où une voix résout en mouvement contraire aux autres, et séparez les basses et les ténors selon vos effectifs. Battez le temps fort de chaque mesure à la lettre E, et donnez le signal aux violons lorsqu’ils entrent. Notez qu’à la mesure 138 (système inférieur de la page 99 dans l’édition Schirmer), les sopranos n’ont pas de la aigu. C’est Sullivan qui fait preuve de clémence.
Je déteste les coupures anglaises trop pointilleuses comme celle à la fin de ce passage, où l’on est censé couper la note un huitième avant la fin de la mesure. J’ai préféré prolonger la note jusqu’à la fin de la mesure.
Respectez bien les silences dans les passages de réponse chorale près de la lettre H. Je note qu’il n’y a pas de lettre I. Il y a des ratures dans la partition autographe complète, mais aucune indication de ce qui aurait pu être là. Un mystère pour les siècles.
Après la lettre J, on retrouve les mêmes problèmes qu’auparavant : la ligne de basse de « théologien » ne correspond pas à celle de l’orchestre. J’ai de nouveau fait chanter les basses avec les ténors, et sauter la note si elle était trop difficile. À la lettre L, assurez-vous que le chœur chante vraiment piano, comme écrit, sans crescendo avant l’indication.
La lettre M est l’un des détours harmoniques inspirés de Sullivan, généralement placé ici, près de la fin du premier acte. La seule femme à chanter le do aigu doit être Mabel. Veillez à respecter tous les silences avec rigueur.
Le paragraphe intitulé « Conseils de direction musicale » est une traduction adaptée à la version française du livret d’un long et excellent article de Peter Hilliard, qui a dirigé de nombreuses œuvres de Gilbert & Sullivan et qui donne son analyse ainsi que de précieux conseils aux directeurs musicaux qui entreprendraient de diriger Les Pirates de Penzance. Le texte adapté ici ne représente pas l’opinion de Peter Hilliard sur la version française. Les conseils de Peter Hilliard concernent la version originale des Pirates de Penzance et sont accessibles sur son site : Gilbert and Sullivan’s The Pirates of Penzance: A Rough Guide for the M.D.).
Ceci est pour rendre hommage au travail remarquable de Peter Hilliard et à la générosité qu’il manifeste en mettant à disposition son analyse et ses conseils.