Air n° 21 : Tout est prêt
Frédéric avoue à Mabel qu’il est redevenu pirate.
| Mabel — Récitatif Tout est prêt ; tes compagnons t’attendent. Oh Frédéric, tu pleures ? Mon héros a-t-il donc peur à l’approche du combat ? Frédéric Non, Mabel, non, mais on m’a révélé une terrible chose. Mabel, ma bien-aimée, Je m’étais engagé à servir les pirates Jusqu’à mon vingt-unième anniversaire. Mabel N’as-tu pas vingt-et-un ans ? Frédéric Si, mais je suis né une année bissextile Et cet anniversaire, N’est pas avant l’an deux-mille ! Mabel Ah, quel malheur ! Oh, destin implacable ! Frédéric Alors, adieu ! Mabel Non, non ! Frédéric, écoute-moi ! | Mabel — Recitative All is prepared, your gallant crew await you. My Frederic in tears? It cannot be That lion-heart quails at the coming conflict? Frederic No, Mabel, no. A terrible disclosure Has just been made. Mabel, my dearly-loved one, I bound myself to serve the pirate captain Until I reached my one-and-twentieth birthday. Mabel But you are twenty-one? Frederic I’ve just discovered That I was born in leap-year, and that birthday Will not be reached by me till nineteen forty! Mabel Oh, horrible! atastrophe appalling! Frederic And so, farewell! Mabel No, no! Ah, Frederic, hear me. |
Conseils de direction musicale
Dans Arrêtez, misérables, on avait l’impression que Sullivan se contentait de suivre la procédure. Il n’est pas certain qu’il aurait apprécié la plaisanterie. Mais dans les 29 mesures de Tout est prêt, Sir Arthur est pleinement engagé, puisant dans sa connaissance du répertoire pour créer un Recitativo Accompagnato parfait.
Si votre Mabel possède un registre de poitrine, n’hésitez pas à l’exploiter pour rendre le « Ah, quel malheur » véritablement saisissant.
En tant que chef d’orchestre, votre principal défi sera de gérer les transitions entre secco et accompagnato. Le passage particulièrement délicat se situe à la mesure 26, où vous passez d’un trémolo non mesuré à un accord cuivré en tempo, suivi d’un passage en unisson très marqué. Lors des répétitions, vous pourriez être tenté de passer rapidement sur ce moment, surtout que la troisième mesure avant la fin semble encore très libre. En réalité, les contrebasses et les violoncelles jouent des croches sur toute la mesure. Il est également très inconfortable pour votre pauvre Mabel de rester silencieuse pendant presque une mesure et demie avant de s’exclamer « Non, non ! ». Si j’étais Frédéric, je serais inquiet. Une solution que votre ténor appréciera probablement serait d’étirer le Fa jusqu’à l’accord fortissimo, afin de réduire le temps entre sa quasi-sortie et l’objection de Mabel. Ensuite, faites entrer la ligne de Mabel en tempo, même lors des répétitions au piano, et vous obtiendrez un bel unisson avec les cordes con forza.
Le paragraphe intitulé « Conseils de direction musicale » est une traduction adaptée à la version française du livret d’un long et excellent article de Peter Hilliard, qui a dirigé de nombreuses œuvres de Gilbert & Sullivan et qui donne son analyse ainsi que de précieux conseils aux directeurs musicaux qui entreprendraient de diriger Les Pirates de Penzance. Le texte adapté ici ne représente pas l’opinion de Peter Hilliard sur la version française. Les conseils de Peter Hilliard concernent la version originale des Pirates de Penzance et sont accessibles sur son site : Gilbert and Sullivan’s The Pirates of Penzance: A Rough Guide for the M.D.).
Ceci est pour rendre hommage au travail remarquable de Peter Hilliard et à la générosité qu’il manifeste en mettant à disposition son analyse et ses conseils.