Air n° 4 : perfide, tu m’as bien trompé !
Frédéric rejette Ruth.
| Récitatif Frédéric Perfide, tu m’as bien trompé ! Ruth Je t’ai bien trompé ? Frédéric Oui, bien trompé ! Duo Frédéric Tu disais, « je brille comme l’or » Ruth N’est-ce pas vrai, mon trésor ? Frédéric Je ne vois qu’un visage fané, Ruth Le soleil l’a basané. Frédéric Et tu abuses de ma jeunesse. Ruth Non, je t’en fais la promesse. Frédéric Toute fripée, les cheveux gris Ruth Pas tant que ça, mon chéri. Frédéric Femme fourbe, tu m’as trompé. Et moi qui te croyais ! Ruth Maître, maître, aie la bonté De ne pas me quitter. Frédéric Femme fourbe ! Ruth Maître, maître, Frédéric Femme fourbe ! Ruth Maître, il ne faut pas me quitter. Laisse-moi te parler ! Accepte ma conduite Et ne prends pas la fuite. Si une jeune fille, éplorée, le cœur battant, T’aimait de façon certaine, Son amour n’aurait à peine Que dix-sept printemps, Que dix-sept printemps. | Recitative Ah, false one, you have deceived me! I have deceived you? Yes, deceived me! Duet You told me you were fair as gold! And, master, am I not so? And now I see you’re plain and old. I’m sure I’m not a jot so. Upon my innocence you play. I’m not the one to plot so. Your face is lined, your hair is grey. It’s gradually got so. Faithless woman, to deceive me, I who trusted so! Master, master, do not leave me! Hear me ere you go! Faithless woman! master, master, Faithless woman! Ruth Master, master, do not leave me! Hear me, ere you go! My love without reflecting, Oh, do not be rejecting! Take a maiden tender, her affection raw and green, At very highest rating, Has been accumulating Summers seventeen, Summers seventeen, |
| Frédéric Ah, écoute ton maître, Car tu dois bien admettre Que ta beauté ne dure pas. Tu as passé ton tour. Et ton amour brûlant, Dure depuis trop longtemps. Quarante-sept années ! Femme fourbe, tu m’as trompé. Et moi qui te croyais ! Femme fourbe, tu m’as trompé. Et moi qui te croyais ! | Ruth Ce serait, ô mon maître, Un amour bien piètre. Alors ne me condamne pas, Et accepte mon amour Toujours fidèle et brûlant qui dure depuis si longtemps Quarante-sept années, Quarante-sept années ! Maître, il ne faut pas me quitter Laisse-moi parler ! |
| Frédéric Yes, your former master Saves you from disaster. Your love would be uncomfortably fervid, it is clear If, as you are stating It’s been accumulating Forty-seven year, Forty-seven year! Faithless woman, to deceive me, I who trusted so! Faithless woman, to deceive me, I who trusted so! | Ruth Don’t, beloved master, Crush me with disaster. What is such a dower to the dower I have here? My love unabating Has been accumulating Forty-seven year, Forty-seven year! Master, master, do not leave me! Hear me ere you go! |
Conseils de direction musicale
Ce numéro devait être plus drôle à l’époque où les gens étaient habitués à des duos conflictuels sur des sujets bien plus graves que « Tu m’as menti sur ton apparence ! » L’intention originale reste perceptible si vous gardez un tempo vif et des accents bien marqués. Quelques détails à ne pas négliger :
- Juste après la répétition en C, Frédéric a un motif noire pointée-croche qui ne correspond pas à la même phrase quatre mesures plus loin.
- Les trois itérations de la fin de cette phrase — dans la 4e mesure de C, dans les mesures 9 à 11 de C, et dans les mesures 8 à 11 de l’Allegro vivace final — doivent être revues et clarifiées.
- La ligne de ténor dans les quatre premières mesures de E doit être soigneusement calée.
L’Allegro vivace final doit être rapide et palpitant, et la musique juste avant le récitatif doit être chantée avec un sentiment aussi digne du Grand Opéra que possible. Pensez à la manière dont vous allez donner les départs à l’orchestre pendant les répétitions pour la section finale de récitatif. Donnez les temps forts pour les mesures vides et assurez-vous que votre chanteur ne parte pas trop vite sur les quatre dernières mesures, sinon les accords qui ponctuent le texte seront désynchronisés.
Je reviendrai plus tard sur ce moment, mais posons les bases ici :
Le Sol mineur agitato du début de ce numéro représente l’accablement et la colère de Frédéric d’avoir été trompé. Il est truffé d’harmonies très germaniques et de gestes de faux Grand Opéra. Ruth tente de changer la donne avec une modulation vers un 6/8 rustique en Sol majeur. (Notez que le 6/8 est la signature rythmique des pirates — leurs deux premiers numéros et une grande partie de leur musique sont en 6/8.) Sur un ton de style pastoral, elle parle des nombreuses années qu’elle a attendues. Mais Frédéric découvre avec consternation à la fin de ce passage en Sol majeur qu’elle a 47 ans, ce qui entraîne un retour dévastateur au Sol mineur et au 4/4. À la fin du numéro, nous sommes harmoniquement exactement là où nous avons commencé. Plus tard, ce même schéma sera rejoué, impliquant également une modulation du Sol mineur agitato vers le Sol majeur rustique, encore une fois avec une femme qui attend un homme. Mais cette situation se déroulera différemment.
La première fois que j’ai dirigé cette opérette, j’ai trouvé la réplique « 47 ans » vraiment drôle. La deuxième fois, j’avais 47 ans…
Le paragraphe intitulé « Conseils de direction musicale » est une traduction adaptée à la version française du livret d’un long et excellent article de Peter Hilliard, qui a dirigé de nombreuses œuvres de Gilbert & Sullivan et qui donne son analyse ainsi que de précieux conseils aux directeurs musicaux qui entreprendraient de diriger Les Pirates de Penzance. Le texte adapté ici ne représente pas l’opinion de Peter Hilliard sur la version française. Les conseils de Peter Hilliard concernent la version originale des Pirates de Penzance et sont accessibles sur son site : Gilbert and Sullivan’s The Pirates of Penzance: A Rough Guide for the M.D.).
Ceci est pour rendre hommage au travail remarquable de Peter Hilliard et à la générosité qu’il manifeste en mettant à disposition son analyse et ses conseils.